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En 2021, le gouvernement fédéral s’est engagé à dépenser 27,2 milliards de dollars additionnels sur cinq ans pour étendre à tous les enfants au Canada l’accès aux services de garde agréés abordables, accessibles et de qualité élevée. Combiné à d’autres investissements des gouvernements provinciaux et territoriaux, cet investissement public vise à créer quelque 250 000 nouvelles places en services de garde de 2021 à 2026. Faire le suivi des places créées par les provinces et les territoires sur trois ans est une façon de surveiller les progrès pour atteindre cet objectif. Les données de base de l’édition 2021 d’ECEC in Canada, une collection produite par le CRRU, et d’autres publications éventuellement devraient nous permettre de suivre les progrès réalisés par les provinces et les territoires.

Il est également possible de suivre l’évolution et les changements sous l’angle de l’expérience des parents qui souhaitent accéder à un service de garde pour leur enfant. Récemment, Statistique Canada rendait publiques l’Enquête canadienne sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants (ECAGJE)1 et l’Enquête sur les modes d’apprentissage et de garde des jeunes enfants (EMAGJE)2

Faits saillants extraits de l’Enquête canadienne sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants

Selon les données de l’ECAGJE et de l’EMAGJE, 56 % des enfants âgés de 0 à 5 ans fréquentaient un service de garde non parental en 2023. Ce pourcentage est inférieur au taux de fréquentation prépandémique de 60 % en 2019 dont faisait état l’ECAGJE. Il est important de souligner que les données ne concordent pas nécessairement avec d’autres bases de données administratives, notamment celles d’ECEC in Canada, car l’ECAGJE et l’EMAGJE incluent à la fois les modes de garde agréés et non agréés, nommément les services de garde en milieu familial non réglementés et la garde d’enfants fournie par une gouvernante, par les grands-parents ou par d’autres membres de la famille et amis.

Puisque tous les services de garde offerts en installation, c’est-à-dire en garderie ou en CPE, sont détenteurs d’un permis,3 en examinant de plus près leurs chiffres, on peut comprendre les variations dans les pourcentages d’enfants qui ont accès à la garderie ou au CPE, lesquels modes de garde regroupent la vaste majorité des places autorisées au Canada, soit environ 93 % des places.

7 % d’enfants de plus fréquentent la garderie ou le CPE

Les données indiquent que le nombre total d’enfants fréquentant la garderie/CPE a augmenté de 717 300 à 772 000, ce qui représente une hausse de 7,6 % depuis 2019. Toutefois, les écarts sont grands d’une province et d’un territoire à l’autre.

Dans deux provinces (Terre-Neuve-et-Labrador et Nouvelle-Écosse) et deux territoires (Territoires du Nord-Ouest et Nunavut), les résultats des enquêtes indiquent une chute4 du nombre et du pourcentage d’enfants âgés de 0 à 5 ans fréquentant la garderie/CPE. Dans les neuf autres provinces et territoires, la hausse varie d’un faible 5 % à 8 % (Colombie-Britannique, Ontario, Île-du-Prince-Édouard et Québec) à une hausse importante de 45 % au Yukon. Les répondants ont indiqué une hausse de 29 % de fréquentation en garderie au Manitoba, tandis qu’en Alberta, au Nouveau-Brunswick et en Saskatchewan, les hausses étaient respectivement de 13 %, 15 % et 17 %.

Figure 1 : croissance en pourcentage du nombre d’enfants âgés de 0 à 5 fréquentant une garderie, un jardin d’enfants ou un CPE, 2019 à 2023

Figure 1 : croissance en pourcentage du nombre d’enfants âgés de 0 à 5 fréquentant une garderie, un jardin d’enfants ou un CPE, 2019 à 2023
Calculs de l’autrice utilisant les données de Statistique Canada Tableau : 42-10-0031-01 Mode de garde, enfants âgés de 0 à 5 ans
DOI: https://doi.org/10.25318/4210003101-fra

Diminution de l’utilisation des services de garde en milieu familial

L’enquête indique une diminution du nombre de parents ayant recours à un service de garde en milieu familial. En effet, 201 900 ont dit avoir recours à un service de garde en milieu familial (agréé et non agréé) en 2023 comparativement à 281 600 en 2019. Il s’agit d’une baisse de 12,2 % à 9 %. Ce résultat peut sembler étonnant étant donné qu’un bon nombre de provinces et de territoires affectent le financement provenant du Programme pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants (PPAGJE) à l’expansion de leurs réseaux de services de garde en milieu familial agréés. Par ailleurs, dans une autre enquête, on indique les raisons pour lesquelles de nombreux fournisseurs de services de garde non agréés choisissent de ne pas être agréés .

Les frais de garde chutent, mais il est plus difficile de trouver un service de garde

La bonne nouvelle est que les parents qui auparavant n’avaient pas les moyens de s’offrir un service de garde le peuvent maintenant grâce aux tarifs moins élevés. Cela se reflète dans la diminution du nombre de parents qui disent avoir du mal à trouver un service de garde abordable, un pourcentage qui est passé de 48,3 % en 2019 à 41,2 % en 2023.

Comme il a été souligné ailleurs, la raison est assez simple: les places à tarifs réduits dans les services de garde agréés ne sont pas faciles à obtenir et, pour certaines familles, le coût demeure néanmoins trop élevé. L’ECAGJE indique que parmi les parents dont les enfants fréquentent un service de garde, un plus grand nombre en 2023 (46 %) ont déclaré avoir du mal à trouver un service de garde qu’en 2019 (36 %) et correspondant à cette donnée, un nombre plus élevé de parents (26 %) qu’en 2019 (19 %) ont dit avoir inscrit leur enfant sur une liste d’attente. De tous les parents qui avaient recours à un mode de garde et disaient avoir du mal à trouver un service de garde, la raison pour 32 % d’entre eux était qu’ils n’arrivaient pas trouver de service de garde abordable ou subventionné.

Les enfants plus jeunes (0 à 1 an) sont plus susceptibles d’être inscrits sur une liste d’attente (47 %) comparativement aux enfants plus âgés. Mais dans les deux groupes d’âge, le pourcentage d’enfants inscrits sur une liste d’attente a augmenté depuis 2019. Ce n’est sans doute pas étonnant étant donné que les frais de garde médians ont diminué dans toutes les provinces (sauf au Québec5) et dans tous les territoires depuis la mise en œuvre du PPAGJE, ce qui a fait bondir la demande pour des services de garde agréés.

Est-ce que certains groupes plus que d’autres sont laissés pour compte?

Les données au Canada concernant les caractéristiques socioéconomiques des enfants fréquentant les services de garde agréés demeurent limitées. Cependant, l’ECAGJE et l’EMAGJE lèvent le voile sur les profils d’utilisation et les difficultés auxquelles font face les parents autochtones comparativement aux parents allochtones. À l’échelle pancanadienne, le pourcentage d’enfants fréquentant la garderie/CPE est similaire chez les enfants autochtones (52,4 %) et chez les enfants allochtones (56,3 %). Cependant les difficultés mentionnées pour obtenir un service de garde sont frappantes. Par exemple, 10,2 % de tous les répondants ont dit que c’était à cause « du coût trop élevé » qu’ils n’avaient pas recours à un mode de garde alors que chez les répondants autochtones, 24 % ont donné cette raison. Aussi, 7,7 % de tous les répondants ont dit que c’était à cause du « manque de places ou des listes d’attente » qu’ils n’avaient pas recours à un mode de garde, tandis que 20,6 % des répondants autochtones ont invoqué cette raison. En 2019, seulement 10 % des répondants autochtones disaient ne pas avoir recours à un mode de garde à cause d’un manque de places ou de longues listes d’attente. Pour l’avenir, il sera important de recueillir des données qui permettront de dresser un portrait de l’expérience d’autres groupes minoritaires, notamment d’enfants de nouveaux arrivants, d’enfants qui ont des incapacités et d’enfants de familles à faible revenu.

Ce que les rapports nous disent à propos de l’expansion des services de garde agréés au Canada

Il est important de garder en mémoire que les rapports de Statistique Canada sont fondés sur des enquêtes menées de janvier à juin 2022, soit moins d’un an après la mise en œuvre complète des accords de financement du PPAGJE. Par conséquent, les données ne donnent qu’un portrait limité de l’incidence des investissements du Programme pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants (PPAGJE) sur l’accès des parents aux services de garde. Néanmoins, ces données de base, ainsi que des données complémentaires provenant des fournisseurs et des données administratives sur le nombre de places et sur les tarifs demandés aideront à suivre les changements au fil du temps, incluant les effets sur les familles en fonction de la province ou du territoire qu’elles habitent et entre les divers groupes sociodémographiques. Au même titre que les mécanismes de planification servant à responsabiliser les gouvernements, les données et le suivi des progrès sont des volets essentiels pour détecter les lacunes et tirer des leçons des autres provinces et territoires au Canada et d’autres pays.

Endnotes

1 L’ECAGJE porte uniquement sur les dix provinces.

2 L’EMAGJE porte sur les trois territoires.

3 Sauf quelques programmes offerts à temps partiel dans certaines provinces.

4 À noter que les données pour le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest doivent être utilisées avec circonspection

5 Les frais de garde médians au Québec ont augmenté de 2019 à 2022 de 8,25 $ à 8,85 $. Ils demeurent les plus bas au Canada.

6 L’Enquête canadienne sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants (ECAGJE) est une enquête transversale par échantillon; les répondants sont ciblés en fonction de l’endroit où ils vivent (province) et de l’âge de leurs enfants (0 à 6 ans). On peut trouver ici d’autres précisions sur la façon dont les données sont recueillies.