L’accès aux services éducatifs et de garde à l’enfance vise de nombreux objectifs et a de multiples fins. Pendant des décennies, des sociologues, des chercheuses et chercheurs en développement de l’enfant et des économistes, entre autres intervenants, ont souligné l’effet positif sur les enfants, leurs familles et la collectivité en général de fréquenter un service éducatif et de garde à l’enfance (SÉGE) de qualité élevée (p. ex., voir Penn, 2011).

Une étude récente publiée dans la Revue canadienne d’économique met en relief une des raisons d’être des SÉGE, à savoir la participation des femmes au marché du travail. En s’appuyant sur la mise en œuvre en Nouvelle-Écosse de la prématernelle quatre ans à temps plein, d’abord introduite en 2018, Jasmin Thomas, autrice du rapport, conclut que son introduction a effectivement eu un effet positif et significatif sur la participation des mères au marché du travail. 

En effet, à mesure que s’est déployée la prématernelle dans les différentes régions de la province (secteurs de desserte scolaires) et qu’un plus grand nombre d’enfants âgés de quatre ans l’ont fréquentée, le taux d’activité des mères dans ces régions a augmenté. Dans l’ensemble, Thomas a constaté que le taux d’activité des mères d’enfants âgés de quatre ans avait augmenté de 21 pour cent. L’augmentation était légèrement plus forte chez les mères dont l’enfant le plus jeune avait quatre ans, ainsi que chez les mères dont le niveau de scolarisation était moins élevé (école secondaire). L’analyse a également démontré un impact plus marqué chez les mères non mariées et chez les mères immigrantes.

Il n’est sans doute pas surprenant de constater que le taux d’emploi chez les hommes n’a pas augmenté de façon significative. 

Un des constats les plus frappants est que la gratuité des services de garde est susceptible d’avoir une incidence plus importante sur le coût de renonciation des femmes et sur les obstacles auxquels elles font face que lorsque les services de garde sont offerts à faible coût. L’analyse de la documentation internationale et une comparaison des résultats de la présente étude avec les résultats d’autres études sur l’impact des services de garde sur l’emploi, notamment l’impact de l’implantation au Québec des services de garde à faible coût et de l’instauration de la maternelle à temps plein en Ontario, ont permis d’arriver à cette conclusion. 

Thomas soulève également les limitations potentielles inévitables de son étude en raison de la disponibilité des données. Toute en reconnaissant la complexité des hypothèses et des interactions entre programmes, il reste que les constats de l’étude sont clairs: l’accès gratuit aux services éducatifs et de garde à l’enfance stimule la participation des mères au marché du travail et vient fortement appuyer à tout le moins un des arguments pour en accroître l’accès. 

Compte tenu de la variété de politiques de SÉGE en vigueur d’une province et d’un territoire à l’autre dans le cadre du Programme pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants (PPAGJE), il y aurait possibilité et avantage à mener des études pour déterminer les répercussions sur le taux d’emploi des mères de l’augmentation du nombre de places en services de garde dans différents contextes politiques.