Une nouvelle étude australienne démontre le risque que soulèvent les tarifs régis par le marché et l’expansion des services de garde à but lucratif (BL) dans le secteur de la petite enfance.

Un rapport publié récemment par Mandala and The Front Project,Paving the path: Addressing market imbalances to achieve quality and affordable childcare in more places, met en relief les risques associés à la croissance rapide des services de garde à l’enfance à but lucratif en Australie. Les résultats indiquent que s’il est vrai que le nombre de garderies a augmenté de 69 % au cours de la dernière décennie, cette expansion s’est faite au prix de l’accès des services de garde, de l’abordabilité et de la qualité, notamment dans les communautés vulnérables.

Le système de services de garde à l’enfance en Australie est fondé sur la demande, c’est-à-dire le marché détermine l’endroit où les services sont créés et les frais de garde que devront verser les parents. Les fournisseurs de services de garde déterminent les tarifs et les parents reçoivent une subvention pour frais de garde (CCS) établie en fonction de leur revenu. La CCS a un plafond horaire; en d’autres termes la subvention gouvernementale couvre une partie des frais de garde, mais uniquement un certain montant horaire, après quoi le parent doit débourser la différence. Bien que ce mécanisme vise à limiter la hausse des frais de garde, le plafond n’a pas réussi à contenir les coûts, surtout dans les grands centres urbains.

L’accès est limité dans les secteurs à faible revenu et les régions éloignées.

Selon le rapport, l’accès à la garderie a tendance à être plus facile et répandu dans les zones métropolitaines et les centres urbains plus favorisés. La plupart des communautés qui n’ont pas accès à des services sont en milieu rural. Dans les secteurs au statut socioéconomique faible, il y a 40 % moins de places en garderie par 100 enfants que dans les secteurs au statut socioéconomique élevé.

Notamment, seulement 15 % des services offerts en région éloignée et extrêmement éloignée sont administrés par des fournisseurs BL tandis que les deux tiers des garderies sont sans but lucratif (SBL). Cette tendance dans les zones éloignées — où le coût pour offrir les services est plus élevé — n’est pas représentative de la croissance globale des services BL au cours de la dernière décennie, comme on le voit ci-dessous.

Les services de garde et les places à but lucratif augmentent plus rapidement que l’offre de services de garde sans but lucratif.

Les nouveaux services de garde relèvent de façon disproportionnée du secteur BL. C’est ainsi que depuis 2013, 78 % des nouvelles places sont administrées par des fournisseurs à but lucratif. Par conséquent, la part des services de garde BL a augmenté de 60 % à 70 % de 2013 à 2024, tandis que la part des services de garde SBL a chuté de 32 % en 2013 à 23 % en 2024.

Les services de garde SBL sont de meilleure qualité et plus abordables.

Outre le manque d’accès, l’expansion du secteur à but lucratif est inquiétante, car les services de garde offerts dans ce secteur ont moins tendance à être de qualité élevée:  Vingt-huit pour cent des garderies SBL excèdent les normes de qualité nationales, tandis que dans le secteur BL, seulement 15 % des garderies excèdent ces normes. De plus, le salaire de 95 % du personnel engagé par les grands fournisseurs de services de garde SBL est supérieur au salaire minimum prescrit pour les éducatrices et éducateurs à la petite enfance (Award Wage) à comparer au salaire de 64 % du personnel engagé par les grands fournisseurs à but lucratif. Et, dans les petits ou moyens services de garde, 75 % des fournisseurs SBL versent des salaires plus élevés que le salaire de base au personnel comparativement à 46 % des fournisseurs BL.

Par ailleurs, les garderies SBL sont plus abordables. Chez les grands fournisseurs SBL, seulement 15 % de ceux-ci, à comparer à 43 % des grands fournisseurs BL, fixent leur tarif autour du plafond horaire (dont il a été question précédemment).

Leçons précieuses pour le Canada

Les constats de ce rapport arrivent à point nommé pour décrire le risque pour le Canada de faire face aux mêmes défis qu’en Australie s’il modifie son programme à 10 $ par jour.

Pour avoir des services éducatifs et de garde à l’enfance (SEGE) équitables et de qualité élevée, le financement public doit être fondé sur la planification de l’offre et l’expansion dans le secteur à but non lucratif et sur des salaires plus élevés pour les travailleuses et travailleurs. 

Les auteurs de cette étude soutiennent que la politique gouvernementale « d’aider les fournisseurs de services sans but lucratif dans les grands marchés leur permet de subventionner les services dans les marchés plus restreints. Ainsi, les fournisseurs SBL sont viables, peu importe le type de marché, ce qui a pour effet d’améliorer la qualité des services et l’abordabilité à l’échelle du pays ».

Ce rapport met en garde le Canada et souligne l’importance de la planification publique, des mécanismes de financement et de la reddition de comptes pour prévenir les inégalités d’accès et assurer des services de garde abordables et de qualité élevée.