Les défenseurs des services de garde en Ontario disent que l’entente de prolongation conclue entre l’Ontario et le Canada sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants laisse en plan le personnel des services de garde et les parents
Les défenseurs des services de garde, les éducatrices et les éducateurs ainsi que les parents ont accueilli favorablement l’annonce de la prolongation sur quatre ans de l’entente entre l’Ontario et le Canada sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants, mais ils se sont dits frustrés par l’absence de nouveaux engagements visant à consolider ou à étendre le système.
« Même si les parents et les fournisseurs de services de garde se sentent soulagés aujourd’hui qu’on ait évité que l’entente prenne fin le 31 mars 2027, cet accord est un compromis très mal ficelé », a dit Carolyn Ferns, coordonnatrice des politiques à la Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l’enfance (OCBCC).
« L’expansion des services de garde génère des bénéfices nets et plus de recettes fiscales pour le gouvernement provincial. Pourtant, au lieu de réinvestir ces rendements et d’achever la tâche, cette entente a pour effet de geler les frais de garde à 22 $ par jour et elle met fin à d’autres améliorations de salaire, ce qui veut dire une perte en dollars réels pour les éducatrices et les éducateurs », a ajouté Ferns.
L’Association of Early Childhood Educators Ontario (AECEO) s’est jointe à l’OCBCC et a critiqué, elle aussi, l’entente qui ne fait rien pour régler la pénurie estimée de quelque 10 000 éducatrices et éducateurs de la petite enfance inscrits (ÉPEI) en Ontario. Les deux organismes réclament depuis des années une grille salariale financée à même les fonds publics à partir de 35 $ à 45 $/h pour les ÉPEI et de 28 $/h pour le personnel de la petite enfance. Non seulement l’entente ne prévoit pas de grille salariale, mais elle met même un frein sur les minces progrès réalisés en matière salariale.
« Impossible d’augmenter le nombre de places en services de garde sans éducatrices pour les animer; et les faibles améliorations salariales consenties jusqu’à présent sont insuffisantes pour remédier à la crise de main-d’œuvre », a dit Amber Straker, directrice générale de l’Association of Early Childhood Educators Ontario (AECEO). « La stagnation des salaires et l’absence de grille salariale concurrentielle acculent à l’échec l’expansion des services de garde. La liste d’attente pour une place en garderie ne fera qu’allonger. Jadis saluée comme au « cœur même du système », la main-d’œuvre des services de garde est importante et le salaire compte. Ces travailleuses et travailleurs ont droit à des conditions de travail décentes, des avantages sociaux et un salaire de professionnel ».
À la conférence de presse tenue le 29 septembre 2026 pour annoncer l’entente, la ministre fédérale de l’Emploi et de la Famille Patty Hajdu a dit que le gouvernement fédéral verserait 12 milliards de dollars à l’Ontario au cours de la période de quatre ans. De plus, l’Ontario recevra cette année et l’année prochaine sa part d’un investissement sur deux ans de 5,4 milliards de dollars, annoncé par le gouvernement fédéral il y a quelques mois. Malgré l’imposant transfert à la province que représente cette hausse considérable du financement, le gouvernement fédéral n’impose aucune autre condition à l’Ontario, si ce n’est de créer les places agréées promises pour le 31 mars 2026. L’Ontario n’abaissera pas ses tarifs pour atteindre la moyenne visée de frais de garde à 10 $ par jour même si sept autres provinces ont déjà atteint cet objectif.
« Les parents se sont battus pour des services de garde à 10 $ par jour, et non pas pour stagner indéfiniment à 22 $, a dit Ferns. Stopper la réduction des frais de garde et ne pas remédier à la crise de main-d’œuvre revient à traiter les services de garde comme un objet de luxe plutôt qu’un droit fondamental pour nos enfants et un moteur de l’économie ».
L’OCBCC et l’AECEO demandent au gouvernement fédéral et au gouvernement de l’Ontario de rectifier immédiatement le tir en adoptant les politiques énoncées dans la Feuille de route pour un réseau universel de services de garde à l’enfance en Ontario, à savoir:
- Continuer immédiatement d’améliorer les salaires des ÉPEI et financer une grille salariale provinciale globale (de 35 $ à 45 $/h pour les ÉPEI; de 28 $/h pour le personnel éducateur non inscrit) assortie d’un régime de retraite et d’avantages sociaux.
- Remettre le cap sur un plafond de 10 $ par jour pour toutes les familles, avec une échelle de tarification moindre pour les familles à faible revenu.
- Imposer un moratoire permanent à l’ouverture de nouvelles places dans le secteur à but lucratif et mettre en œuvre un « gel d’actifs » pour garantir que les fonds publics servent uniquement à la construction d’installations qui demeureront publiques et à but non lucratif.
- Conclure une entente bilatérale sur cinq ans avec un nouveau plan d’action, soutenue par des investissements fédéraux et provinciaux accrus afin de garantir une stabilité à long terme aux enfants, aux familles et à la main-d’œuvre.

