Aligning immigration and child care

Faire concorder les politiques d’immigration et les stratégies de main-d’œuvre afin de bâtir un système d’apprentissage et de garde des jeunes enfants équitable, viable et de qualité élevée

par Dr. Yolande Pottie-Sherman
mai 2026

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À propos de ce note de breffage

Cette note de breffage a été produite dans le cadre du projet « Les éducatrices et les éducateurs sont importants : une politique de main-d’œuvre pour des services éducatifs et de garde à l’enfance de qualité ». D’une durée de trois ans (2023-2026), le projet a pour but d’approfondir le savoir collectif concernant la main-d’œuvre du secteur des services de garde au Canada. Il servira à élaborer des solutions politiques pour soutenir la mise en œuvre d’un système d’apprentissage et de garde des jeunes enfants de qualité élevée dans l’ensemble du Canada. Il est rendu possible grâce au financement d’une fondation privée et réalisé à la mémoire de John et de Susanne Graham.

Site Web du projet : https://unenfantuneplace.ca/les-educatrices-et-les-educateurs-sont-importants/

Accroître la main-d’œuvre des services de garde à l’enfance au Canada est un enjeu de politique publique pressant. Au Canada, le gouvernement fédéral met de l’avant l’immigration en tant que partie de la solution. Des immigrantes et des résidentes non permanentes entrent dans le secteur des services de garde en suivant divers parcours d’immigration fédéraux, provinciaux et territoriaux. Or, ces parcours ne sont pas alignés sur les données et les facteurs responsables de la crise de la main-d’œuvre dans le secteur des services de garde. De plus, ils sont mis en œuvre alors que l’on manque d’informations sur la participation des immigrantes au système et sans stratégie intégrée pour la main-d’œuvre des services de garde dans l’ensemble du Canada.

La présente note de breffage fait la synthèse des recherches émergentes sur le rôle de l’immigration dans le secteur de l’apprentissage et de la garde des jeunes enfants au Canada ainsi que des discussions tenues dans le cadre du symposium Les éducatrices et éducateurs sont importants, organisé en octobre 2025 par la Table de discussion nationale sur les politiques de main-d’œuvre dans le secteur des services de garde. Il y est démontré que bien que l’immigration atténue en quelque sorte la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur des services de garde, il existe des obstacles importants et des risques relatifs au traitement des travailleuses et sur le plan de la formation, de la reconnaissance des diplômes, des processus et des politiques d’immigration et des lacunes de données. La note de breffage conclut sur des solutions stratégiques pour intégrer l’immigration dans la vision à long terme du Canada, traiter la main-d’œuvre des services de garde justement et équitablement et se doter d’un système d’apprentissage et de garde des jeunes enfants de qualité élevée dans l’ensemble du pays.

L’immigration et la main-d’œuvre des services de garde à l’enfance

Les immigrantes et les résidentes non permanentes occupent une place importante dans la main-d’œuvre des services de garde au Canada. En 2021, elles représentaient le tiers des travailleuses occupant un emploi en services de garde (SCIAN 6244). Les disparités régionales sont considérables comme l’illustre la figure 1. Les immigrants sont des personnes nées à l’extérieur du Canada qui ont légalement le droit de demeurer au Canada (résidence permanente) ou ils sont des citoyens naturalisés. Les résidents non permanents, y compris les titulaires d’un permis de travail ou d’études et leur conjoint ou conjointe, n’ont pas ce droit, quoi qu’ils puissent vouloir demeurer au Canada de façon permanente. Les éducatrices de la petite enfance (ÉPE) formées à l’étranger peuvent être recrutées dans d’autres pays et obtenir le statut de résidentes permanentes à leur arrivée au Canada. Les immigrants au Canada sont souvent sélectionnés à même le bassin de résidents non permanents déjà au Canada, notamment parmi les étudiants étrangers dont le permis d’études a été remplacé par un permis de travail postdiplôme temporaire.

Comme l’illustre le tableau 1, au cours des dernières années, le Canada a recruté un grand nombre d’éducatrices et d’aides-éducatrices à la petite enfance issues de l’immigration par le biais des programmes d’immigration permanente. Notamment, la Colombie-Britannique et l’Ontario ont créé ou adapté des parcours d’immigration afin de leur accorder la priorité dans le cadre de leurs programmes de candidats à l’immigration2. Depuis 2025, dans le cadre d’Entrée express, le gouvernement fédéral utilise des tirages au sort ciblés pour l’éducation, et les ÉPE en font partie3. Ailleurs au pays, des programmes émanant de l’initiative d’employeurs, comme le Programme d’immigration au Canada atlantique et les Programmes pilotes d’immigration dans les communautés rurales et francophones, permettent également à des garderies sélectionnées de parrainer des éducatrices immigrantes.4

Données: Statistics Canada5

Tableau 1. Admission de résidentes permanentes prévoyant travailler à titre d’éducatrices et aides-éducatrices à la petite enfance (CNP 4214), par province et territoire, 2018 à 2025.

Province/
Territoire
20182019202020212022202320242025
TN55——5252520
PE1515104030407565
NE2520510012013590255150
NB510525305510080
QC404020100140706060
ON13515595780325260200455
MB55105509590140165130
SK40705570100100180105
AB505560180100210190160
CB11014565455200570955950
YT101553020452545
NT0—0—0—0—
NU0000000—

Data: IRCC.6

Remarque: L’IRCC présente les valeurs entre 0 et 5 comme suit « – » et arrondit les autres valeurs au multiple de 5 le plus près.

Les éducatrices immigrantes apportent aux services de garde des habilités et des points de vue utiles. Les données de Statistique Canada mettent par ailleurs en évidence la diversité linguistique des personnes qui travaillent en garderie7. Les recherches menées par le Early Childhood Collaborative Research Centre soulignent que les ÉPE immigrantes permettent de mieux comprendre les besoins des enfants et des familles issus de la diversité et que leur présence aide à fournir des services de garde plus inclusifs et de qualité élevée.8

Principaux obstacles et sujets de préoccupation

Conditions de travail et traitement des travailleuses en services de garde à l’enfance

Le recrutement à l’étranger est une façon de répondre aux besoins de main-d’œuvre à court terme dans le secteur de l’apprentissage et de la garde des jeunes enfants. Par contre, à moins d’investir massivement dans la rémunération du personnel et dans la formation et les conditions de travail, ce recrutement n’aura pas d’effet à long terme sur la main-d’œuvre: les nouvelles entrantes ne demeureront pas dans le domaine.

Les bas salaires et les piètres conditions de travail demeurent la grande cause du taux de roulement des employés en garderie.9 Selon l’Enquête canadienne sur la prestation de services de garde, en 2022, près de six garderies sur dix ont signalé avoir perdu au moins une éducatrice à la petite enfance (ÉPE) formée ou diplômée au cours de l’année précédente.10 Les chiffres de Statistique Canada révèlent que les ÉPE immigrantes et celles dont le statut est temporaire quittent le secteur à des taux similaires ou supérieurs à ceux de leurs homologues nées au Canada.11 Cette tendance indique que le recrutement de travailleuses additionnelles, que ce soit ici au Canada ou à l’étranger, ne parviendra pas à stabiliser les effectifs à moins de s’attaquer aux véritables causes du roulement de personnel.

Les ÉPE nouvellement arrivées au pays font souvent face à plusieurs difficultés qui se recoupent qui sont plus susceptibles de causer de l’épuisement professionnel et de les inciter à quitter le domaine. Elles font face aux barrières de la langue, au racisme et à la discrimination, à l’intimidation dans leur milieu de travail, à l’exploitation et elles manquent de soutien.12 En Nouvelle-Écosse, des données révèlent que le « statut de nouvelle arrivante » est associé à un niveau inférieur de bien-être professionnel parmi les ÉPE.13 Les problèmes postmigratoires combinés au sentiment d’altérité que ressentent les ÉPE au travail peuvent exacerber l’insatisfaction des ÉPE nouvellement arrivées au Canada. Aussi, un travail en services de garde peut s’accompagner d’un profond sentiment de frustration et d’une perte d’identité lorsqu’il s’agit d’un « emploi de survie » pour une immigrante plutôt qu’une étape du parcours professionnel qu’elle a choisi d’emprunter.14

Les éducatrices à la petite enfance qui ont un statut de résidentes non permanentes sont particulièrement vulnérables à l’exploitation au travail à cause du déséquilibre de pouvoir entre elles et leur employeur, notamment lorsque l’employeur contrôle leur accès à la résidence permanente. Les permis de travailleurs étrangers temporaires liés à un employeur ne sont pas chose fréquente dans le secteur des services de garde à l’enfance, mais d’autres situations peuvent exposer les résidentes non permanentes à de mauvais traitements. Par exemple, les ÉPE qui sont sélectionnées dans le cadre des Programmes des candidats des provinces et qui ont besoin de l’appui d’un employeur sont assujetties à une période d’attente avant d’obtenir leur résidence permanente. Au cours de cette période, elles peuvent craindre que si elles dénoncent des conditions de travail injustes ou des violations de leurs droits, comme le vol de leur salaire, leur statut d’immigration puisse être compromis. Le Programme des permis de travail postdiplôme qui permet aux étudiants étrangers de travailler temporairement une fois leur diplôme obtenu soulève un problème connexe, quoique différent. Le permis de travail postdiplôme est un permis ouvert, ce qui signifie que les travailleurs peuvent changer d’emploi s’ils le souhaitent. Mais en pratique, changer d’emploi crée des interruptions au chapitre de leur parcours professionnel ce qui limite leur compétitivité dans les programmes d’immigration permanente. Ces dynamiques de pouvoir peuvent obliger les ÉPE à continuer de travailler pour un employeur qui les exploite.

En outre, des recherches menées à Terre-Neuve-et-Labrador révèlent que même si des programmes comme le Programme d’immigration au Canada atlantique visent à soutenir l’établissement, certaines exigences, par exemple les plans d’établissement à l’initiative de l’employeur, peuvent consolider des relations de pouvoir inégales. À titre d’exemple, une ÉPE peut se sentir poussée à demeurer chez l’employeur qui a payé sa formation ou lui a fourni un logement, même après avoir obtenu son statut de résidente permanente. Par ailleurs, venir d’arriver au Canada signifie qu’on doit apprendre à naviguer dans des systèmes inconnus. Les ÉPE nouvellement arrivées au Canada ne connaissent pas nécessairement leurs droits au travail ni à qui s’adresser pour obtenir de l’aide.15 Elles ne sont peut-être pas au courant des grandes disparités sur le plan de la rémunération et des conditions de travail dans le secteur des services de garde à l’enfance. Ainsi, même si beaucoup d’ÉPE immigrantes quittent ultimement le secteur des services de garde, un statut d’immigration précaire peut également limiter leurs possibilités à court terme de quitter un emploi où elles subissent de la discrimination et de l’intimidation ou de l’exploitation.

Éducation postsecondaire, formation et reconnaissance des diplômes

Pour être de bonne qualité, les services de garde à l’enfance doivent avoir une main-d’œuvre qualifiée et bien formée. Mais il existe de nombreux obstacles et problèmes à cet égard.16 Une des difficultés vient du fait que les exigences en matière de qualification varient énormément d’une province et d’un territoire à l’autre, ce qui sème la confusion chez les ÉPE formées à l’étranger qui souhaitent venir travailler au Canada.

Par ailleurs, il est nécessaire d’améliorer la maîtrise de l’anglais et du français chez les ÉPE immigrantes, ce qui pourrait se faire en haussant le niveau des compétences linguistiques exigées pour accéder aux programmes de formation en éducation de la petite enfance et en soutenant davantage l’apprentissage de la langue. Les programmes de transition à l’intention des ÉPE formées à l’étranger sont prometteurs. Par exemple, le programme de transition et de mise à niveau pour les éducatrices à la petite enfance formées à l’étranger de la Nouvelle-Écosse combine une formation linguistique propre au secteur et des stages en milieu de travail rémunérés.17 Par contre, les provinces et les territoires n’offrent pas tous de tels programmes.

Au cours des dernières années, le nombre d’étudiantes étrangères inscrites dans les programmes de formation en éducation de la petite enfance au Canada a augmenté considérablement, palliant ainsi le manque d’inscriptions locales. Par contre, cet apport continu d’étudiantes étrangères est imprévisible. De 2020-2021 à 2023-2024, la part d’étudiantes étrangères inscrites dans des programmes d’études postsecondaires en ÉPE a grimpé considérablement, notamment en Ontario où elle est passée de 21 % à 37 %. En 2024, les étudiantes étrangères représentaient jusqu’au quart de tous les étudiants inscrits aux programmes d’études en ÉPE au Canada.18 Mais depuis 2024, les plafonds et les restrictions imposés par le gouvernement fédéral sur les visas d’étudiants étrangers ont provoqué une diminution importante des inscriptions et déstabilisé les programmes devenus financièrement dépendants des droits de scolarité des étudiants étrangers.19

Il peut être de bon aloi pour le Canada d’aligner ses stratégies internationales pour l’éducation plus étroitement sur les besoins du marché du travail (comme dans le secteur des services de garde), mais une analyse plus approfondie des trajectoires que suivent les étudiantes étrangères après avoir obtenu un diplôme en ÉPE. Même pendant la période de croissance rapide des inscriptions d’étudiantes étrangères inscrites aux programmes d’études canadiens en ÉPE, le lien entre la formation et la participation à la main-d’œuvre du secteur demeurait imprécis. En 2024, les modifications apportées aux critères d’admissibilité du permis de travail postdiplôme ont semé la confusion lorsque le programme d’études en éducation à la petite enfance a été initialement exclu de la liste de domaines acceptés. Ce qui donne à penser que les décideurs politiques en matière d’immigration prennent des décisions trop rapidement ou sans avoir l’information requise.20 On ne sait pas, par exemple, combien d’étudiantes étrangères diplômées en ÉPE d’un établissement d’enseignement canadien font finalement partie de la main-d’œuvre du secteur et y demeurent. Elles feront vraisemblablement face aux mêmes obstacles structurels qui dissuadent beaucoup de diplômées canadiennes de faire carrière dans le domaine et à cela s’ajoute le défi additionnel de leur statut d’immigration précaire.

Un autre problème vient du fait que certaines nouvelles arrivantes s’engagent dans le domaine après s’être butées à des obstacles systémiques au Canada qui les empêchent de travailler dans le domaine dans lequel elles ont été formées ou d’occuper un poste qui correspond à leur niveau d’éducation et d’expérience. Des recherches menées en Alberta indiquent notamment que certaines étudiantes étrangères ont suivi une formation en ÉPE faute de répondre aux exigences d’admission d’autres programmes d’études postsecondaires ou parce que les frais d’admission dans ces programmes étaient trop élevés.21 Pour certaines, l’obtention d’un diplôme en ÉPE ou avoir un travail en services de garde est un cheminement qui leur permettra d’accéder ici au Canada à la profession qu’elles avaient choisie originalement.

Tableau 2. Pourcentage d’étudiantes venues de l’étranger inscrites à des programmes canadiens d’éducation de la petite enfance, par province ou territoire, 2017-2018 à 2023-2024

Province/
Territoire
2017/182018/192019/202020/212021/222022/232023/24
TN0%0%0%0%0%0%4%
PE22%15%22%13%17%19%27%
NE1%3%7%1%1%6%9%
NB4%4%6%5%6%6%6%
QC3%6%7%7%5%5%12%
ON12%17%21%21%25%28%36%
MB5%2%9%14%2%5%9%
SK6%9%10%7%11%17%12%
AB12%15%17%18%17%18%22%
CB11%12%14%16%19%22%30%
YT10%14%16%38%19%0%0%
NT//0%0%0%0%0%
NU0%0%0%0%0%0%0%
Canada8%12%15%16%17%18%25%

Données Statistique Canada, Système d’information pour les étudiants postsecondaires.22

Remarque: les champs d’études sélectionnés (6 chiffres) comprennent CPE.19.0707 (gardien d’enfants/assistant), CPE 13.1015 (programmes d’éducation préscolaire spécialisés) et CPE 13.1210 (éducation et enseignement de la petite enfance); données non disponibles pour les Territoires du Nord-Ouest en 2017-2018 et 2018-2019

Politiques d’immigration

Clairement, les politiques d’immigration peuvent augmenter le risque d’exploitation des ÉPE nouvellement arrivées au pays, surtout si l’employeur contrôle l’accès à leur statut de résidentes permanentes. Le Migrant Rights Network, le Migrant Workers Alliance for Change et le Congrès du travail du Canada font partie des organisations canadiennes qui demandent l’accès accru à la résidence permanente pour les travailleuses et travailleurs migrants.26

Les changements aux politiques d’immigration fédérales survenus depuis 2025 semblent avoir limité davantage la capacité du secteur des services de garde à recruter et à retenir des ÉPE résidentes permanentes. Même si le gouvernement fédéral, dans le cadre d’Entrée express, a lancé des tirages au sort ciblés pour le secteur de l’éducation en février 2025, lesquels incluent expressément les ÉPE, ces tirages s’appuient sur un système de classement global qui désavantage les personnes détentrices d’un diplôme de deux ans seulement. En pratique, beaucoup d’étudiantes étrangères qualifiées, diplômées de programmes d’études canadiens en ÉPE reconnus et possédant de l’expérience de travail au Canada, ne peuvent soumettre leur candidature à moins de détenir également un diplôme de quatre ans. Un autre problème: prioriser les titulaires d’un baccalauréat sans pour autant augmenter la rémunération ne fera que mener à plus d’attrition. Dans le secteur des services de garde, détenir un baccalauréat ne commande généralement pas une meilleure rémunération. En fait, seules quelques provinces ont des échelles salariales qui rémunèrent les personnes selon leurs niveaux d’éducation. Selon une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Toronto, parmi les ÉPE au Canada, celles qui détiennent un baccalauréat (diplôme de quatre ans) sont plus susceptibles de quitter le domaine des services de garde pour travailler dans d’autres domaines où leurs titres de compétences leur garantissent un salaire plus élevé.24

À mesure que le Canada réduit ses seuils d’immigration, moins de visas sont accordés, incluant les visas alloués par le gouvernement fédéral aux provinces et aux territoires dans le cadre des programmes de candidats des provinces et des territoires. En 2025, la réduction du nombre de visas alloués à ces programmes a diminué la capacité des provinces et des territoires à les utiliser pour recruter et retenir des ÉPE, ce qui cause bien de problèmes aux garderies dans plusieurs régions, incluant à l’Île-du-Prince-Édouard et en Colombie-Britannique.25

Manque de données et planification de l’effectif

Par ailleurs, il est compliqué de remédier aux problèmes mentionnés précédemment en raison des lacunes importantes de données à la disposition des décideurs. Un enjeu important est la méthode de classification des travailleuses et travailleurs du système de Classification nationale des professions (CNP) de Statistique Canada. Le code CNP pour les gardiennes d’enfants en milieu familial inclut les services de garde en milieu familial avec permis et sans permis, tandis que le code CNP pour les éducatrices et aides-éducatrices à la petite enfance inclut des travailleuses dont les niveaux de formation sont variés. Une façon de faire qui masque d’importantes différences entourant les titres de compétence, l’expérience et des qualités des travailleuses immigrantes et non immigrantes d’un type de services de garde à l’autre.

Au-delà de cet enjeu, il reste de grandes questions pertinentes sur le plan des politiques:

  • Combien de personnes quittent le secteur des services de garde après avoir obtenu leur statut de résidentes permanentes et quelle est la variation en fonction des programmes d’immigration?
  • Quel est le taux de transition des étudiantes en ÉPE de niveau postsecondaire vers le statut de résidentes permanentes?
  • Les immigrantes désirent-elles travailler en services de garde ou sont-elles « orientées vers le secteur » notamment lorsque leurs diplômes ne sont pas reconnus?
  • Comment ces tendances varient-elles par province et par territoire?

La situation actuellement

À la rédaction de cette note de breffage, on constate que les secteurs des services de garde et de l’immigration évoluent et se transforment rapidement. La pénurie d’éducatrices à la petite enfance qualifiées compromet le succès du Programme pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants et l’augmentation des places promises en services de garde. Et la stratégie de main-d’œuvre pour le secteur des services de garde se fait toujours attendre. Le taux d’attrition des ÉPE est un problème majeur attribuable à leur faible rémunération. Les ÉPE nouvellement arrivées au Canada continuent de faire face à des barrières qui s’entrecoupent et contribuent à leur épuisement professionnel. Les ÉPE qui n’ont pas le statut de résidentes permanentes sont vulnérables à l’exploitation dans leur milieu de travail et face aux politiques d’immigration qui changent. Le recrutement d’ÉPE demeure une priorité d’immigration à l’échelle nationale, mais on ne sait pas dans quelle mesure des programmes comme Entrée express sont efficaces ni comment la réduction des seuils d’immigration et du nombre d’étudiantes étrangères arrivant au pays a un effet contraignant sur le vivier de talents dans le secteur de l’apprentissage et de la garde des jeunes enfants. Le manque de données à jour sur les immigrantes et les résidentes non permanentes qui participent à la main-d’œuvre des services de garde, sur le taux de reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger et sur les transitions des étudiantes étrangères diplômées, restreint encore plus une planification des effectifs fondée sur des données probantes.

Recommandations

Finalement, il est nécessaire d’avoir des paramètres pour s’assurer que les immigrantes qui travaillent dans le secteur des services de garde ne sont pas exploitées et que la qualité des services est maintenue.

Par conséquent, la présente note de breffage recommande ce qui suit:

  1. S’attaquer aux facteurs responsables de la crise de la main-d’œuvre en améliorant la rémunération et les conditions de travail de tous les travailleurs et de toutes les travailleuses en services de garde.
  2. Faire en sorte que le recrutement d’ÉPE qualifiées soit une priorité d’immigration à l’échelle nationale en leur accordant expressément préséance dans les programmes d’immigration fédéraux, provinciaux et territoriaux.
  3. Accorder la résidence permanente à leur arrivée aux ÉPE recrutées à l’étranger afin de réduire leur vulnérabilité à l’exploitation.
  4. Avoir des parcours clairs menant à la résidence permanente pour les étudiantes étrangères titulaires d’un diplôme décerné dans un programme d’éducation à la petite enfance canadien reconnu et de qualité élevée.
  5. Rendre le processus de reconnaissance des diplômes plus transparent et fournir des options de formation postsecondaire accessibles pour obtenir la certification canadienne.
  6. Mettre au point une stratégie de planification transectorielle des effectifs et un programme de collecte de données dans l’ensemble du Canada afin de surveiller le recrutement et la rétention des ÉPE immigrantes.
  7. Créer et développer des communautés de pratique et des ressources axées sur l’immigration dans le secteur des services de garde afin d’appuyer les ÉPE nouvellement arrivées au pays.

Notes de bas de page

  1. Statistique Canada. Catégorie de travailleur incluant la permanence de l’emploi selon les groupes d’industries, le statut d’immigrant et la période d’immigration, la catégorie d’admission et le type de demandeur, l’âge et le genre : Canada, provinces et territoires (Tableau 98-10-0600-01, 15 nov. 2023).
  2. La C.-B. annonçait le 23 avril 2026 que les aides-éducatrices à la petite enfance n’étaient plus admissibles à la liste des priorités du Programme des candidats des provinces; les éducatrices demeurent cependant sur la liste.
  3. Gouvernement du Canada, Le Canada annonce des tirages au sort par catégorie pour Entrée express 2025, et en prévoit d’autres pour les personnes se trouvant au Canada afin de réduire les pénuries de main-d’œuvre (17 février 2025).
  4. Gouvernement de la Colombie-Britannique, Health-care workers, ECEs focus of changes to BC’s immigration program, (10 mars 2022); gouvernement de l’Ontario, Invitations à présenter une demande au Programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI) (7 janvier 2026).
  5. Statistique Canada, tableau 98-10-0600-01 (15 novembre 2023).
  6. IRCC, Résidents permanents – mises à jour mensuelles d’IRCC – résidents permanents par province ou territoire et profession envisagée (31 janvier 2026).
  7. Statistique Canada (2025). Tableau 42-10-0097-01 Langues parlées régulièrement par les employés des services de garde d’enfants avec les enfants et les parents, avril 2022, Canada DOI: https://doi.org/10.25318/4210009701-eng.
  8. Nahal Fakhari, N., Milena Pimentel et Jessie-Lee D. McIsaac, Early learning and child care for immigrant families and children: a pan-Canadian jurisdictional scan of settlement agencies, International Journal of Child, Youth and Family Studies 16, no. 4 (2025): 76-98.
  9. Toronto Children’s Services,.Early years and child care workforce project: workforce perspectives, deepening challenges, and pressing opportunities, (mars 2023); Brad Seward, Elizabeth Dhuey, et Annie Pan, The big short: expansion of early childhood education in post-pandemic Canada, Canadian Public Policy (sept. 2023).
  10. Thomas C. Charters et Leanne C. Findlay, Travailleurs des services de garde offerts en centre pour les enfants âgés de 0 à 5 ans au Canada, 2021 à 2022,” (Statistique Canada, 19 déc. 2024).
  11. Youjin Choi et Kristyn Frank, Diversity, Economic Characteristics, and Retention of Early Learning and Child Care Workers in Canada, Journal of Research in Childhood Education, no. 2 (2024): 208-226.
  12. Pragya Varma, Burnout in immigrant early childhood educators, thèse, Université de Lethbridge (2024).
  13. Elizabeth Jean Larson et Jessie-Lee McIsaac, Early childhood professional well-being in Nova Scotia: A mixed methods study, Journal of Early Childhood Research 23, 2, (2025): 179-196.
  14. Catherine Bryan, María José Yax-Fraser, Zainab Almukhtar, Mitherayee Augustine, et Jodi VanderHeide, Cooking, cleaning, and caring: COVID-19, essential labour and the experiences of immigrant and migrant women in Nova Scotia, Canadian Centre for Policy Alternatives (6 mars 2024).
  15. Yolande Pottie-Sherman, Why a mobility justice approach is needed in Canada’s early learning and child care workforce, (en révision).
  16. Un enfant Une place. Sommaire des politiques de main-d’œuvre en date de décembre 2023 dans le cadre du programme pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants (PPAGJE) (mars 2024).
  17. Immigrant Services Association of Nova Scotia, Internationally Educated Early Childhood Educators (IEECE) Bridging the Gap, (2026).
  18. Statistiques Canada, Effectifs postsecondaires, selon le domaine d’études, le régime d’études, le type de programme, le genre de sanction d’études et le genre de la personne, 2023/2024, Système d’information sur les étudiants postsecondaires (2025).
  19. IRCC, Comprendre le nombre d’étudiants et de travailleurs temporaires au Canada, (20 janvier 2026); Froese, I. et L. Scott, Manitoba Institute of Trades and Technology closing after international student enrolment drops, CBC News (28 janvier 2026).
  20. Allison Jones, Work permit changes a concern for child-care shortages: Ontario, CBC News (29 oct. 2024).
  21. The Muttart Foundation, The Educational Experiences and Anticipated Work Plans of Post-Secondary Early Learning and Care Students in Alberta, Edmonton, Alberta (nov. 2021).
  22. Statistique Canada, Système d’information pour les étudiants postsecondaires (2025); les champs d’études sélectionnés sont: CPE 19.0709 (gardien d’enfants, assistants), CPE 13.1015 (programmes d’éducation préscolaire spécialisée) et CPE 13.1210 (éducation et enseignement de la petite enfance); estimations étaient < 5 % pour T.-N.-L., T.N.-O. et NU.
  23. Congrès du travail du Canada. Les travailleuses et travailleurs migrants au Canada méritent l’accès à la résidence permanente et à la citoyenneté, (18 déc. 2024).
  24. Seward et col., The Big Short.
  25. Brittany Spencer, Immigration rules, demand for spaces means ‘stressful’ times for P.E.I. child-care centres, CBC News (4 oc. 2025); Isaac Phan Nay, How immigration cuts added to the Sunshine Coast’s child care problem, The Tyee (16 sept. 2025).











mai 2026

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Citation: Pottie-Sherman, Y. (2026). Faire concorder les politiques d’immigration et les stratégies de main-d’œuvre afin de bâtir un système d’apprentissage et de garde des jeunes enfants équitable, viable et de qualité élevée Un enfant une place

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